L’Afrique et les objectifs pour le millénaire : le point en 2007 (extraits)
A mi-chemin entre leur adoption en l’an 2000 et 2015, date butoir de leur réalisation, l’Afrique subsaharienne n’est en voie d’atteindre aucun des Objectifs du Millénaire pour le développement.
En dépit d’avancées majeures dans plusieurs domaines et bien que la réalisation de ces objectifs reste possible dans la plupart des nations africaines, même les pays les mieux gouvernés du continent n’ont pas réussi à faire suffisamment de progrès pour réduire l’extrême pauvreté sous ses multiples formes.
Faim et pauvreté :
Bien que le pourcentage de personnes vivant avec un dollar par jour ou moins soit passé de 45,9% à 41,1% depuis 1999, la réalisation de l’OMD visant à réduire la pauvreté de moitié d’ici 2015 exige que la progression actuelle redouble de vitesse.
En même temps, en dépit d’un taux élevé de croissance de la population (2,3% par an) au plan régional, le nombre de personnes extrêmement pauvres s’est stabilisé, avec une croissance marginale de 296 millions en 1999 à 298 millions en 2004.
Les progrès en faveur des enfants sont d’une lenteur exaspérante en ce qui concerne l’objectif visant à réduire la faim de moitié, le pourcentage des moins de cinq ans souffrant d’insuffisance pondérale ayant diminué d’à peine plus d’un dixième entre 1990 (33%) et 2005 (29%).
Education :
On constate des progrès dans le domaine de l’éducation primaire universelle, les inscriptions scolaires étant passée de 57% en 1999 à 70% en 2005. Il n’empêche que 30% de jeunes restent non scolarisés alors que le nombre d’enfants en âge d’école augmente quotidiennement.
Le nombre de jeunes africains âgés de moins de 14 ans est passé de 237 millions en 1990 à 348 millions en 2007. Ce nombre devrait atteindre 403 millions en 2015.
Egalité des sexes :
Même si le nombre de sièges parlementaires occupés par des femmes a augmenté de façon significative, passant de 7% en 1990 à 17% cette année, la proportion de femmes qui gagnent un salaire en dehors de la culture agraire ne dépassait toujours pas un tiers de la population féminine en 2005.
Une période propice :
S’il est de notoriété publique que le continent est la seule région du monde où le nombre de personnes extrêmement pauvres a augmenté depuis quinze ans, on sait moins que les pays africains ont connu des améliorations majeures dans une série de paramètres fondamentaux du développement.
Grâce à de meilleures politiques économiques et à l’augmentation du prix des matières premières, la croissance économique annuelle a été de près de 6% en moyenne au cours des trois dernières années. Cette croissance a touché divers pays de manière assez égale et le Front Monétaire International envisage à présent un taux tendanciel à court terme frisant les 7% cette année.
Les recettes à l’exportation ont amélioré la balance des comptes courants dans de nombreux pays et l’allégement de la dette récemment accordé a réduit les déséquilibres macroéconomiques dans les pays les plus pauvres.
Les entreprises africaines enregistrent de bons chiffres en termes d’investissement national et de gains de productivité.
Beaucoup de gouvernements de la région continuent de se montrer plus transparents, moins corrompus et plus démocratiques.
Ces progrès restent fragiles, cependant, car ils sont dus en large part à un envol des prix des matières premières.
Les pays africains dépendent toujours de l’exportation de quelques matières primaires et pâtissent d’un manque d’investissements publics dans l’agriculture, la santé, l’éducation et les infrastructures nécessaires pour renforcer les capacités en matière de production et d’échanges commerciaux, maintenir un taux de croissance élevé et créer des emplois.
Quelques réussites exemplaires :
Dans toute l’Afrique, certains pays ont démontré que de progrès rapides et à grande échelle sont possibles pour atteindre les OMD lorsque de bonnes politiques et de vigoureuses impulsions gouvernementales s’ajoutent à un appui financier et technique adéquat de la part de la communauté internationale.
En voici quelques exemples récents :
Le Ghana est en train de mettre en place un programme national de repas scolaires préparés avec des produits locaux.
Le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda et bien d’autres ont aboli les frais d’inscription dans les écoles primaires, ce qui a permis une augmentation spectaculaire de la fréquentation scolaire en l’espace de quelques années.
En 2006, la Zambie a annulé les honoraires pour les services de santé de base en zone rurale et le Burundi a instauré la gratuité des soins médicaux pour les mères et les enfants.
Au Niger, des centaines de milliers d’habitants des communautés rurales ont vu leurs moyens de subsistance s’améliorer grandement, en même temps que diminuait leur vulnérabilité face aux sécheresses, grâce à une reforestation à grande échelle résultant d’une politique nationale réformiste.
Le Sénégal est en bonne voie pour atteindre les objectifs relatifs à l’eau et à l’assainissement grâce à un programme national d’investissement financé avec l’appui de donateurs.
Avec un soutien croissant des donateurs, beaucoup de gouvernements africains reproduisent à l’échelle nationale les leçons des Villages du Millénaire, à savoir qu’une impulsion locale et un ensemble d’interventions permettent de transformer les communautés pauvres en peu de temps.
Remplir ses engagements : le partenariat mondial pour le développement :
La plupart des pays africains sont prêts à reproduire ces succès à grande échelle, mais ils ont besoin d’une aide publique au développement plus importante et de meilleure qualité afin de pouvoir investir dans les OMD. Or, même si elle a augmenté pendant les premières années du Millénaire, l’aide à l’Afrique subsaharienne n’a pratiquement plus varié depuis 2004, si l’on en exclut l’allègement de la dette et l’aide humanitaire.
En dépit de ce peu de progrès, les OMD restent réalisables dans la plupart des pays africains. Mais le temps commence à manquer pour procéder aux investissements pratiques nécessaires.